L'animal à l'âme


Extrait :


Une relation toute autre

Animal : terme dont la racine est l’anima latine signifiant
le souffle vital, l’âme, le psychisme. Une telle étymologie
n’invite-t-elle pas à considérer l’animal comme un être doté
d’une vie psychique, dès lors capable de communiquer avec
d’autres vivants, fussent-ils humains, voire de contribuer à
panser les blessures de leur psyché ?
Cependant, lorsque des « psys » – qu’ils soient psychiatres,
psychologues ou psychanalystes – abordent les relations
entre cet animé-animant et l’humain, ils supposent trop
souvent que seul celui-ci est un véritable sujet, l’animal se
réduisant pour lui à un pur objet de projection ou de substitution
de relations avec d’autres humains. Comme l’a fait
remarquer Gilles Deleuze, un psychanalyste traditionnel
ne peut entendre évoquer un animal dans un rêve sans aussitôt
l’assimiler à un membre de la famille du rêveur (1). C’est
du côté des écrivains que la relation à l’animal est plus
fréquemment reconnue en ce qu’elle a d’irréductible et
de singulier : « Parents, maris, enfants, amants et amis ne
manquent certes pas de mérites, fort grands même, mais
enfin ce ne sont pas des chiens (1) », s’exclame Elizabeth von
Arnim (2). Or, si le lien à l’animal se noue ailleurs, et autrement,
que la relation à l’humain, il peut, là où la souffrance psychique
rend ce contact à l’humain trop difficile, voire impossible,
constituer une autre possibilité, une brèche dans
l’isolement, une ouverture – au-delà de laquelle, parfois,
des relations avec les hommes redeviennent possibles.
L’animal n’est-il pas l’autre de l’humain qui, bizarrement, devient parfois plus proche que ses pareils ?

Un accès à l’archaïque
« Considérant donc que la relation à un animal peut « soigner », je fais l’hypothèse que, lorsque s’en mêle un psy, cette potentialité se développe, s’intensifie et s’approfondit. Cela sans nécessairement en passer par la prise de conscience et la verbalisation. Loin d’être toujours celui qui « mettrait en mots » ce qui se passe entre un patient et un animal, un psy peut n’être que celui qui permet leur rencontre et, en elle, le libre déploiement de différentes émotions – tant du côté de la haine que de l’amour. Car si un animal peut être « thérapeutique », ce n’est sans doute pas de ne susciter que de l’affection, ou de donner cet amour inconditionnel qu’on lui attribue si souvent, mais plutôt de permettre à nos affects de se vivre dans toute leur démesure et leur violence « non humaine ». En outre, la présence d’un animal, aux yeux de qui soignant et soigné ne sont que deux humains, a souvent pour effet d’empêcher leur relation de se figer dans ces rôles d’aidant et d’aidé : au-delà de leur dissymétrie, ce sont essentiellement deux sujets qui se font face. »